Les solos sont le saint graal à la guitare électrique. Ils sont pour 99% d’entre nous la raison pour laquelle nous avons été infectés par le virus de la 6 cordes branchée. Avant d’apprécier une bonne rythmique, on a avant tout apprécié des gros bends, des descentes de gamme et des dive bombs. Ceci étant dit, ils sont généralement ce qu’il y a de plus complexe à apprendre. Suivant le gratteux, le solo peut être plus ou moins improvisé, plus ou moins “écrit” en amont, mais ils ont une caractéristique commune : ils demandent beaucoup de travail. Alors comme toujours, on travaille intelligemment. Voici donc quelques conseils pour apprendre un solo à la guitare électrique.

Cet article est un complément à mon article sur comment apprendre un morceau à la guitare électrique.

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1 – Patience et répétition

Alors ouais, je commence par ce qu’il y a de moins funky. Et un bon gros mot chez les guitaristes en rut : la patience. Le solo, c’est du note à note. Du riff à riff. Y’a pas d’approche façon loi de Pareto où 20% du travail te donne 80% des résultats. Non, chaque note compte, et ça, ça veut dire beaucoup de boulot. Beaucoup de boulot = patience et persévérance. Donc tu te calmes, et tu respires.

Apprendre un solo de guitare électrique va être source de beaucoup de frustration. Il faut déjà le déchiffrer. Ensuite il faut enchaîner les notes, puis construire les riffs. Une fois qu’un riff est déchiffré et assemblé, il faut le répéter en boucle pour qu’il devienne un automatisme. Et ensuite seulement on peut passer à la suite. Donc ça demande un vrai travail de répétition.

Garde en tête qu’apprendre la guitare électrique, c’est créer des automatismes. Tu ne pourras devenir bon que si tu te constitues une “bibliothèque d’automatismes” solide et variée. Les solos sont une excellente source d’alimentation de cette bibliothèque. Comme je le disais dans mon article sur l’apprentissage d’un morceau, tu n’a pas le choix : il faut partir sur de bonnes bases en travaillant lentement. Très lentement. T’auras tout le temps de kiffer à pleine vitesse plus tard. Sois pas trop précoce (hum).

2 – Trouver la méthode d’apprentissage qui te convient le mieux

Tu as en gros trois façons d’apprendre un morceau de musique :

  • A l’oreille
  • Avec un cours, vidéo ou live
  • Avec une tablature

2.1 – Travailler à l’oreille

Travailler à l’oreille est la méthode la plus difficile mais également la plus formatrice. A chaque fois que j’ai appris un instrument (piano, puis guitare, puis basse), j’ai énormément travaillé à l’oreille et c’est un énooooorme avantage aujourd’hui. Comment travailler à l’oreille un solo? A condition qu’il soit relativement simple (si tu débutes) tu cherches à reproduire note par note. Je sais c’est long. Mais on a rien sans rien et ça vaut vraiment le coup de se plonger dans un tel travail. Quand plus tard tu chercheras à jouer en groupe, à composer et à improviser dans un boeuf, il n’y a qu’un seul outil qui t’ouvrira des portes : ton oreille. J’espère que c’est pas tombé dans celle d’un sourd. Roll over, Beethoven.

2. 2 – Prendre un cours, vidéo ou live

Prendre un cours est un super moyen d’apprendre la guitare électrique en général, et particulièrement efficace pour apprendre les solos. Ca t’apprend notamment à travailler en “miroir” avec la personne qui te montre ce que tu dois jouer. C’est une compétence particulièrement utile à développer car elle te permettra d’observer les autres guitaristes et de comprendre ce qu’ils font. Quand on travaille un solo par exemple, il y a des moments où l’ont peut avoir besoin de regarder une performance enregistrée où on voit le guitariste le jouer pour comprendre certains placements de doigts, ou bien savoir où un riff est joué sur le manche. Ca peut paraître du détail, mais quand tu additionnes les détails tu aboutis au résultat. Il peut être top. Ou naze. Youtube est ton ami, c’est ce que je fais pour le solo de Whole Lotta Rosie!

2.3 – Apprendre avec une tablature

Voilà une méthode qui a ses avantages et ses inconvénients. Le grand avantage c’est que toutes les notes et tous les placements sont clairement indiqués sur le manche. Tu lis, t’appuies, tu grattes. C’est une façon très rapide de déchiffrer. Le désavantage, c’est que tu n’as aucune indication sur le rythme et le feeling. T’en as pourtant besoin. Tu peux faire l’aller/retour avec l’enregistrement original que tu écoutes en boucle, mais c’est généralement un travail que je repousse en fin d’apprentissage une fois que j’ai bien mémorisé tous les riffs, leur ordre et les principaux enchaînements.

En vrai, on va pas s’mentir, les trois méthodes sont complémentaires et passer par chacune d’entre elles pour apprendre un solo à la guitare électrique ne pourra que t’aider à l’apprendre plus vite. Tu as de toutes façon tout intérêt à multiplier les approches. Il y en a sûrement une qui te conviendra mieux qu’une autre. Mais tu ne pourras pas te passer des deux autres :

  • Un doute sur une note ou deux? La tablature est toute indiquée
  • Un doute sur une séquence rythmique, une façon de jouer une note? Il n’y a que ton oreille pour t’aider
  • Un doute sur où jouer un riff (étant donné que les notes se répètent sur tout le manche)? Il n’y a que la vidéo ou quelqu’un qui te le montre pour t’aider

Y’a du boulot avant de te la péter sur scène. Photo by frankie cordoba on Unsplash

3 – Apprends tout ce que tu peux sur le guitariste

Un solo, c’est un peu comme une toile de maître. C’est éminemment personnel et l’artiste y met toutes ses tripes et son savoir faire. L’oeuvre transpire de ses influences qui ont été digérées, réinterprétées et rendues avec une nouvelle sensibilité. On dira ce qu’on veut, mais un bon solo appartient à jamais à son créateur.

Donc : si tu veux apprendre correctement un solo, il faut que tu en apprennes un minimum (ou un max) sur le guitariste qui l’a créé. Quelles sont ses influences? Comment a-t-il appris la guitare? Pourquoi joue-t-il ses solos comme il les joue? Il y a une infinités de questions et d’informations que tu peux chopper et qui t’aideront à “rendre” le solo en te rapprochant de l’intention originale.

Par exemple, très concret, je suis en train de travailler le solo de Whole Lotta Rosie (AC/DC) dans le cadre de mon challenge “jouer comme Angus Young” . Et voici quelques informations intéressantes :

  • Il est né en 1955, en plein dans le rock n’roll et avait 10 ans au milieu des années 60, en pleine mutation du rock et du blues vers des versions plus “dures”. Son oreille s’est formée avec tout ce qui passait à la radio à l’époque : une écoute du rock des années 60/70 va aider à “former” ton oreille pour mieux interpréter ce qu’il joue
  • Ses influences viennent clairement du blues et du rock. Il cite lui même notamment deux très grands noms de chaque courant : Chuck Berry et Freddie King. Ce sont clairement deux guitaristes que l’on peut qualifier d’intenses dans leur performances ;
  • Son jeu est donc nourri au blues. Cela veut dire que tout apprentissage préalable de ce style va faciliter l’apprentissage du travail d’Angus ;
  • Qui dit blues et rock, dit “pentatonique mineure”. Si tu ne sais pas ce qu’est la “pentatonique mineure”, c’est probablement la première gamme que tu dois apprendre! Vu que je connais très bien cette gamme, je suis capable de raccrocher les différents riffs d’Angus aux différentes positions sur le manche. Ca me facilite énormément le travail de mémorisation. On notera aussi qu’en blues on va combiner la penta mineure ET la penta majeure : nouvel axe de travail!
  • Et ce n’est pas une découverte d’apprendre qu’il n’utilise que des Gibson SG -modèle choisi au départ parce que c’était le plus léger qu’il a pu trouver, convenant à son poids plume et son mètre 57-. Mais c’est important de se le rappeler car sur cette gratte il y a un vrai accès aux aigus dont Angus se sert. En particulier sur Whole Lotta Rosie, dans la deuxième partie du solo, il enchaine des riffs sur une position de pentatonique de La très haut sur le manche, puis une série de “double stops” à la limite de la fin du manche. Et ça, même avec mes grosses paluches de bûcheron, je ne peux pas le faire avec ma Les Paul (l’accès aux dernières frettes est entravé par la construction même de la guitare). Ca veut donc dire que je dois réadapter certaines parties du solo…

4 – Toujours la tortue, jamais le lièvre

Comme expliqué dans l’article sur l’apprentissage d’un morceau à la guitare électrique, tu dois toujours travailler lentement jusqu’à une maîtrise complète avant de commencer à accélérer. Essayer de travailler vite dès le départ est une impasse qui ne peut te conduire qu’à un jeu de merde. Et une fois que t’as un jeu de merde, t’as dix fois plus de boulot pour t’en sortir car tu dois “re-câbler” toutes les connexions neuronales qui font que t’arrives à jouer. Tu te rappelles la bibliothèque d’automatismes mentionnée plus haut? Ben ça revient à devoir réécrire tous les bouquins à la main et à les reclasser. Autant te dire que t’as tout intérêt à bien faire le job dès le départ.

Donc, piqûre de rappel : déchiffrage lent. Assure-toi de jouer chaque note très propre. S’il y a un “effet manuel” sur une note (un vibrato, un staccato, un bend etc.), assure toi de le maîtriser sur la note isolée, puis de l’intégrer dans le riff. Toujours lentement. Ensuite seulement tu commences à accélérer. D’ailleurs petit conseil d’intérêt général au passage : munis toi d’un métronome. Ca t’aidera d’abord à caler rythmiquement chaque partie de ton solo, et ensuite à gérer cette accélération progressive.

En fin de course seulement tu commences à travailler avec l’original. Tu vas avoir un décalage, des choses qui vont pas être en place et c’est normal. Mais il ne faut à mon avis pas faire ce travail avant car tu vas te précipiter. Et je ne répèterai jamais assez que la précipitation est ta pire ennemie.

Et toi, quel est le premier solo que t’as appris? Celui que t’as jamais réussi à apprendre?? Raconte-nous tout ça en commentaires!

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